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Vieillesse et créativité

Les beaux jeunes gens sont des accidents de la nature,
tandis que les beaux vieillards sont des œuvres d’art.
Eleanor Roosevelt

La créativité est inhérente au fait de vivre.
D.W. Winnicott

Les effets cachés de la pandémie

Le regard que notre société porte en général sur la vieillesse est souvent encombré de clichés et de lieux communs plutôt négatifs. On reproche à nos retraités d’être oisifs et d’être une charge pour les citoyens actifs, d’exprimer et de défendre des visions du monde dépassées, conservatrices, réactionnaires, de s’opposer au progrès, aux nouveautés, de clamer à tout propos que « c’était mieux avant ». En outre, la médicalisation à outrance de la vieillesse conduit à une conception déficitaire de l’âge avancé : les vieux sont fragiles, dépendants, lents ; ils souffrent de multiples handicaps physiques, ils perdent la boule, coûtent cher à l’assurance maladie. Bref, on réduit les personnes âgées à leurs problèmes physiques et cognitifs et on fait de la dernière étape de leur vie une série de problèmes à résoudre. Cette vision disqualificative de la vieillesse a même donné lieu à un nouveau mot pour la désigner : l’âgisme.

Et la période de pandémie que nous traversons actuellement n’est pas faite pour améliorer les choses ! Les mesures de confinement extrêmes qui ont été prises sans beaucoup de réflexion ni de nuances à l’encontre des retraités – cette fameuse « catégorie des personnes à risque » – ont encore renforcé les stéréotypes négatifs : désormais, les personnes âgées doivent êtres tenues à l’écart, mises en quarantaine préventive ; ce sont elles qui nourrissent le bilan mortifère de l’épidémie, qui vont nous contaminer, qui, par leur fragilité, contribuent à propager le virus… A-t-on pris en considération les dégâts psychologiques que va produire la véritable entreprise de ségrégation que l’on a mise en œuvre, et en particulier dans les EMS ?

On le voit, la lutte contre l’âgisme et les lieux communs négatifs liés à la vieillesse est à la fois de plus en plus malaisée et de plus en plus nécessaire. C’est cette urgence qui m’a conduite à revenir, comme je l’ai déjà fait dans d’autres Propos (« Les avantages de l’âge » ou « Douze médaillés de la passion et de la longévité »), sur les aspects positifs, enthousiasmants de la vieillesse, à mettre en avant une vision heureuse, lumineuse du grand âge. J’ai choisi d’observer aujourd’hui les liens qui existent entre la vieillesse et la créativité.

Une définition de cette notion de créativité n’est peut-être pas inutile. Il y a bien sûr, et c’est la plus spectaculaire, la créativité des artistes : cette capacité à tirer de son esprit et de ses mains des œuvres d’art, des chefs-d’œuvre lorsqu’il s’agit de génies. Mais pour tout un chacun, être créatif, c’est se montrer capable, dans toutes les circonstances de la vie, de faire preuve d’invention, d’inspiration, d’intuition et d’imagination. C’est, face aux situations dans lesquelles nous placent les aléas de l’existence, trouver en soi les capacités d’innovation, d’originalité, de fraîcheur, de renouvellement qui nous permettront d’accueillir la réalité telle qu’elle est, de nous y accoutumer, et même d’y trouver de nouvelles raisons de s’en réjouir.

La créativité à l’âge avancé : quelques figures célèbres

Même si de nombreuses études ont montré que la créativité, chez un artiste ou un scientifique, connaît son apogée à l’âge de 37 ans, nombreux sont les exemples de « créateurs » qui, à un âge très avancé, ont encore réalisé des œuvres admirables, et parfois leurs plus grands chefs-d’œuvre. Ils attestent ainsi, de manière spectaculaire, des ressources et des richesses incroyables de la vieillesse. Un peu au hasard, voici quelques exemples de ces vieillards magnifiques qui me viennent à l’esprit.

Le peintre impressionniste Claude Monet était âgé de 82 ans et souffrait d’une double cataracte lorsqu’il a peint cette version (à droite) du Pont japonais. Si l’on compare ce tableau avec celui qui a été réalisé vingt ans plus tôt sur le même sujet (à gauche), il semble que ce que le tableau du vieux maître, son chant du cygne, a perdu en précision des détails, il l’ait regagné en force expressive et puissance visionnaire !

Le grand pianiste Arthur Rubinstein a donné son dernier concert à Londres alors qu’il était âgé de 89 ans. Bien sûr, il jouait par cœur et sa vue déficiente ne l’empêchait pas de se produire en public. Rubinstein disait que c’était sans doute à sa bonne humeur qu’il devait d’avoir atteint sans trop d’encombres son grand âge ! Il plaisantait volontiers à propos de ses problèmes de vue : « Ce n’est pas que je ne voie pas la partition, mais c’est que je ne trouve plus le piano ! »

Stéphane Hessel avait 80 ans lorsqu’il a publié son fameux petit ouvrage : Indignez-vous ! À cet âge avancé, il n’avait pas renoncé à lutter pour un monde meilleur et à s’indigner contre les injustices et les scandales.

Notre humoriste national, Emil, aujourd’hui âgé de 87 ans, est encore sur les routes pour présenter son nouveau spectacles, Tout Emil, ou bien ? à son public qui lui fait fête à chaque représentation. Et, autre exemple de comédien, Michel Galabru montait encore chaque soir sur scène en 2015 pour jouer Le Cancre devant un public ébahi ; il avait alors 93 ans !

René de Obaldia, l’auteur de la comédie Du vent dans les branches de sassafras qui a fait rire toute la francophonie avec Michel Simon dans le rôle principal, a écrit ses dernières pièces à l’âge de 92 ans. Pour son centenaire, il a publié un petit livre merveilleux, Perles de vie, un choix d’aphorismes rassemblés tout au long de sa vie ; au seuil de son petit ouvrage, Obaldia s’adresse ainsi à ses lecteurs : « Chers lecteurs, je vais bientôt me quitter. Oui, disparaître de cette planète. […] Je vais maintenant prendre congé de vous non sans vous gratifier d’un proverbe bantou : Mon ami n’est pas mort, puisque je vis encore. » Le 22 octobre prochain, René de Obaldia fêtera ses 102 ans !

Agatha Christie avait 82 ans lorsqu’elle a publié son dernier roman mettant en scène le détective Hercule Poirot : Une mémoire d’éléphant. Si l’on examine sa bibliographie, on constate que, à partir de ses 65 ans (l’âge de la retraite), la célèbre « reine du crime » a encore écrit 20 livres, Miss Marple et Hercule Poirot se partageant équitablement la vedette !

C’est dans tous les domaines de l’art que l’on peut retrouver des exemples magnifiques de créativité tardive. Je pense à Henri Salvador qui, à 90 ans, faisait ses adieux à son public au Palais des Congrès de Paris, concluant son tour de chant par cette phrase : « C’est une déchirure que de vous quitter ! » On se souvient sans doute de l’une de ses dernières chansons : « Jardin d’hiver », dans laquelle notre poète chante les derniers feux de l’âge :

Je voudrais du soleil vert,
Des dentelles et des théières,
Des photos de bord de mer
Dans mon jardin d’hiver.

Mais celui qui a le mieux dit le lien de la vieillesse et de la créativité, c’est sans doute l’écrivain romantique Chateaubriand (1768-1848), l’auteur des Mémoires d’outre-tombe. Admirant l’un des derniers tableaux peints par Nicolas Poussin (1594-1665), L’Hiver ou le Déluge, où la main du peintre – il avait alors 70 ans – a perdu un peu de sa sûreté, Chateaubriand écrit : « Admirable tremblement du temps ! Souvent les hommes de génie ont annoncé leur fin par des chefs-d’œuvre : c’est leur âme qui s’envole. »

La vieillesse, la créativité et la résilience

Mais quittons ces génies pour revenir au commun des mortels ! L’un des premiers titres de gloire de la vieillesse, c’est qu’elle se situe, pour chacun de nous, au terme d’un long cheminement au cours duquel nous avons grandi, nous nous sommes élevés : spirituellement, psychiquement, affectivement, intellectuellement. C’est toute cette expérience engrangée au long de tant d’années qu’il s’agit en quelque sorte de faire fructifier et de valoriser, ou au moins de maintenir vivante. Que penserions-nous d’un jardinier qui aurait patiemment arrangé, cultivé, arrosé son jardin et qui finirait par l’abandonner et le rendre à son état de friche ? J’aime cette comparaison : nous sommes tous les jardiniers de notre vie, et l’entrée dans l’âge de la vieillesse n’est pas une excuse pour abandonner les plates-bandes que nous avons ensemencées, les massifs de fleurs que nous avons soignés, et pour laisser le champ libre aux mauvaises herbes ! Au lieu de baisser les bras, nous devons continuer à prendre le risque de la vie, à faire preuve d’imagination et de créativité pour rester fidèle à ce que nous avons été.

Mais à côté de ce travail de conservation de nos trésors, l’entrée dans l’âge de la retraite nous impose également des tâches nouvelles, inédites. C’est l’heure des bilans de vie, des retours sur le chemin parcouru, qui peuvent prendre la forme de longues rêveries ou de profondes réflexions, selon le moment ou l’humeur. C’est l’heure aussi des réconciliations, des retrouvailles, des rabibochages avec soi-même et avec les autres. Avec soi-même d’abord : le temps est venu de laisser derrière soi les frustrations que la vie a inévitablement suscitées en nous, d’oublier les regrets et les remords inutiles, de se livrer à quelques exercices d’autocritique, voire à quelques examens de conscience ; au bout de ces retours sur soi, de ces « exercices spirituels », il y a le bonheur de vivre en meilleure harmonie avec soi-même ; les Anciens parleraient de sagesse ! Réconciliation avec les autres aussi : je ne veux pas prêcher le pardon systématique des fautes, ce n’est pas du tout ma vision des choses ; mais il s’agit de se débarrasser des ressentiments qui aigrissent la vie, des rancœurs, des amertumes qui mettent de la grisaille dans nos journées. Là encore, il s’agit d’alléger la vie de tout ce qui l’encombre inutilement. Ces tâches ne vont pas de soi, elles demandent, elles aussi, de l’imagination, de l’inventivité, une disponibilité et une ouverture d’esprit. Elles exigent parfois des idées neuves, une manière différente de voir les choses : la « création » de soi ne cesse jamais…

La retraite ne doit pas rimer avec oisiveté. Les anciennes occupations ne doivent pas laisser la place à un pur temps libre qui devient bientôt synonyme d’ennui, de monotonie, de morosité et qui débouche assez vite sur un état dépressif. La créativité peut s’exprimer également dans la recherche de tâches nouvelles, d’activités motivantes (par exemple dans le bénévolat), de centres d’intérêt authentiques et parfois inédits. Cela peut être la réalisation d’un rêve que l’on a longtemps caressé sans avoir le temps de s’y consacrer : se mettre à la peinture ou à la photographie, s’inscrire à un club d’ornithologie, apprendre une nouvelle langue, étudier les Indiens d’Amériques ou la civilisation grecque ou latine, se lancer dans l’étude de la botanique pour être capable de mettre un nom sur les fleurs et les arbres rencontrés au bord du chemin, apprendre les échecs ou le bridge… La découverte d’un nouveau centre d’intérêt est une belle manière de passer le temps, d’approfondir sa connaissance de l’humanité, de tisser de nouveaux liens avec les autres… Un jolie façon de se montrer créatif !

La personne âgée ne doit pas oublier qu’elle reste, implicitement ou explicitement, un modèle pour tous ceux qui la côtoient. La manière dont elle affronte la vieillesse, dont elle en surmonte les épreuves, mais aussi dont elle sait jouir de ses richesses et de ses ressources, c’est tout cela qui se grave dans la mémoire de ceux qui vivent auprès d’elle, et qui forme à la fin l’image que l’on gardera d’elle. Cette vérité devrait être une source d’inspiration pour tous les retraités : « Et si j’y mettais un peu du mien pour devenir, aux yeux de mes enfants, de mes petits-enfants, de mes proches, ce grand-père ou cette grand-mère à qui ils auraient envie de ressembler, au moins qui leur inspirerait respect et admiration. Si je leur laissais l’image d’un vieillard ou d’une vieille dame qui a été à la hauteur de la situation jusqu’au bout, qui a vécu sa vie jusqu’à la fin dans la dignité, si je leur laissais de moi l’idée d’une certaine forme de grandeur ? » N’y a-t-il pas là quelque chose d’exaltant pour le retraité qui s’engage dans les décennies qui lui restent à vivre ? Mais cette noble tâche ne se réalisera pas sans puiser ici ou là dans les ressources de son imagination et de sa créativité.

Un autre désir tarabuste souvent les vieillards, celui de laisser une trace, de témoigner de ce qu’ils ont vécu, le pire et le meilleur. Il y a d’abord ceux qui ont connu dans leur vie des drames, des tragédies, et qui ne veulent pas s’en aller sans avoir raconté ce qu’ils ont subi. Je pense à ceux qui ont traversé une guerre, avec toutes ses souffrances et ses abominations ; à ceux qu’une tragédie a soudain privés des êtres qu’ils aimaient… Témoigner de leur calvaire est pour eux une sorte d’urgence ; raconter ce qu’ils ont vu, expliquer ce qu’ils ont ressenti, mettre des mots sur leurs souffrances leur permet d’alléger un peu le fardeau qui les écrasait… Je pense à Francine Christophe, victime rescapée de la déportation, qui n’a eu de cesse de témoigner, dans des conférences, dans des livres, de ce moment où l’histoire semble avoir privé les hommes de leur humanité. Aujourd’hui encore, à 87 ans, elle va dans les écoles parce qu’elle considère que c’est pour elle un devoir moral de mettre en garde la jeune génération. Tous ces témoignages nous servent aussi, à nous qui les écoutons ; ils nous conduisent à relativiser les épreuves que nous rencontrons dans notre propre vie, à ne pas faire une montagne d’une souris. Je viens d’évoquer les personnes âgées qui ont besoin de laisser une trace du pire ; il y a heureusement, et en plus grand nombre, celles qui souhaitent laisser une trace du meilleur. Il y a bien des façons de réaliser ce vœu. Pour certains, l’important sera de transmettre à leurs descendants un patrimoine, une maison, des objets, un capital, que sais-je ? des biens matériels qui tisseront des liens visibles entre eux et les générations à venir. « C’est la maison que mon grand-père a construite, le chêne ou le peuplier que mon arrière-grand-père avait plantés, c’est un tableau, des livres, une armoire, un collier, une bague que j’ai reçus de ma grand-mère… » Pour d’autres, la trace qu’ils veulent laisser passera par la parole écrite : ils rêvent de léguer à leurs enfants l’histoire de leur vie, le fruit de leurs expériences, les réflexions et les idées qui les ont animés ; ils se mettent à écrire leurs mémoires, seuls ou avec l’aide d’écrivains spécialisés dans l’accompagnement de ce type d’écrit. À la fin, ils pourront en imprimer et en relier un certain nombre d’exemplaires qu’ils offriront à leur famille et à leurs proches. Une manière de rester vivants dans leur mémoire, de passer en quelque sorte à la postérité…

Il arrive aussi que la vieillesse exige de nous une vraie capacité de résilience. Face à la maladie, aux deuils et aux séparations, à la solitude et au sentiment d’abandon qui peuvent nous frapper, que faire sinon tenter de les accepter, de les affronter, de les surmonter en puisant dans nos ressources, dans notre capacité de résistance ? C’est le moment de ne pas baisser les bras, de refuser tout fatalisme, toute résignation au pire, tout renoncement à la lutte. Vous m’objecterez que c’est plus facile à dire qu’à faire, et vous aurez raison. Je sais, et je l’ai vu souvent, que cette capacité à affronter l’adversité a quelque chose d’inné, elle fait partie d’un état d’esprit, d’une force de caractère, que l’on a ou que l’on n’a pas. Un exemple le montrera mieux que de longues explications. J’ai connu une vieille dame âgée de 85 ans – appelons-la Victorine – qui, à la suite d’un sévère AVC, ne pouvait plus se déplacer sans l’aide d’un déambulateur, et encore y réussissait-elle péniblement et avec beaucoup de lenteur. Cette dame admirable, qui avait toujours montré dans sa vie un caractère énergique, dynamique et enthousiaste, loin de se plaindre de cette immobilité forcée, s’est en quelque sorte prise de sympathie pour son déambulateur, choisissant le mieux adapté à son handicap, allant même jusqu’à le peindre et le décorer, se donnant des défis dans ses déambulations, se réjouissant des maigres exploits qu’elle réussissait à réaliser, se servant de son  « tintébin » (tiens-toi bien) comme d’un engin de gymnastique et d’entraînement… Victorine a encore vécu une dizaine d’années ainsi, m’accueillant toujours avec le sourire et prête à me présenter le palmarès de ses progrès… Combien j’en ai vu, en revanche, de ces personnes âgées qui, dans la même situation, passaient leur journée à se lamenter, à écouter leur souffrance et ainsi à l’aggraver, à finalement capituler pour s’installer définitivement dans un fauteuil roulant ? Victorine a fait preuve, tout au long de son calvaire – car c’en était un, par les douleurs et le sentiment d’impuissance –, d’une forme supérieure de créativité consistant à trouver toujours dans les difficultés le grain d’espoir qu’elle pouvait faire germer et fleurir, dans les douleurs l’instant de répit qu’elle pouvait amplifier et savourer au-delà de sa maigre durée.

Le grand pianiste Arthur Rubinstein, dont j’ai parlé plus haut, me fournit une autre anecdote pleine d’enseignement pour mon sujet. Le musicien a souvent répété qu’il devait sa longévité à sa bonne humeur. À la fin de sa vie, il souffrait de dégénérescence maculaire aux deux yeux ; la vision centrale était quasi nulle alors que la vision périphérique était restée intacte. Lorsqu’on lui demandait comment il vivait ce handicap, il répondait : « Quel handicap ? Je ne vois plus ce qui se passe devant moi, c’est entendu, mais je découvre une nouvelle manière de regarder le monde, par les côtés, c’est merveilleux ! »

Il y a encore une forme de créativité, peut-être la plus essentielle pour aborder le grand âge, c’est l’humour. Cette qualité me paraît si importante que je lui consacrerai prochainement tout un Propos.

Ma conclusion

Je voudrais conclure ce propos en revenant aux « Têtes de vieillard » qui figurent dans mes Perles, sous la rubrique « Portraits ». Et je reprendrai ce que je disais de ces magnifiques têtes de vieilles personnes : « Le visage d’un vieillard est toujours plus ou moins le résultat d’une histoire singulière, d’une sculpture de soi, parce que le temps y a gravé les marques d’un caractère, d’une personnalité, d’une âme. » Lorsque la vieillesse est en quelque sorte sauvée par la créativité, lorsqu’elle conserve en elle les forces d’imagination, d’invention, d’intuition qui sont le contraire de la résignation, de l’abdication et du renoncement, elle manifeste souvent ses victoires, sa noblesse et sa grandeur dans les traits du visage. Regardez les trente portraits que j’ai choisis pour vous, attardez-vous à en scruter les détails, la flamme vivante qui dansent dans les yeux, le réseau des rides où se lisent les épreuves et les victoires, les sourires lumineux qui ne peuvent plus tout à fait dissimuler les ombres du temps, et surtout les regards qui nous disent combien est juste la formule selon laquelle ils sont « les miroirs de l’âme ».