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Tout ouïe ou dur d’oreille ?

Une octogénaire branchée !

L’idée de consacrer un de mes Propos au problème de la malentendance et de la surdité chez les personnes qui avancent en âge m’est venue, comme c’est souvent le cas, d’une rencontre.

Marinette est une amie que j’ai connue il y a bien quelques années et que je rencontre régulièrement depuis. Elle vient de franchir le cap de ses huitante ans, ce qui ne l’empêche pas, dans nos conversations, de se montrer toujours aussi alerte d’esprit et pétillante de bonne humeur. Ce n’est qu’à l’occasion de notre dernier rendez-vous que, au détour de la conversation, elle m’a parlé de l’appareil auditif qu’elle porte depuis quelque temps. Je ne m’étais jamais doutée que mon amie était « appareillée », comme on dit, dans une formule qui n’est pas des plus délicates. Et, en effet, les deux petits « amplificateurs de son » qu’elle porte dans les oreilles sont parfaitement invisibles, élégamment dissimulés par les boucles de ses cheveux.

Elle en a retiré un pour me le montrer. Lorsque je lui ai demandé à quoi servaient les différents boutons de réglage que j’observais sur le côté de l’appareil, elle m’a expliqué que les amplificateurs étaient connectés à son téléphone portable, à son ordinateur, et même à son poste de télévision. Le téléphone sonne directement à son oreille ; de son portable, elle peut écouter la radio ou de la musique sans déranger personne, et le son des émissions et des films qu’elle regarde à la télévision est également amplifié grâce à ses appareils. Lorsque qu’elle va à un concert, un réglage subtil adapte automatiquement les amplificateurs aux conditions sonores de la salle et à la puissance variable des sons de l’orchestre. Un autre réglage automatique obtient les mêmes ajustements lorsqu’elle se retrouve à une tablée d’amis, dans les magasins ou dans la rue.

Lorsque j’ai demandé à mon amie pourquoi elle ne m’avait jamais parlé de son problème d’audition, elle m’a répondu qu’elle ne l’évoquait pas lorsque personne ne le lui demandait, mais qu’elle n’avait aucune difficulté à le faire si on lui posait la question. Elle ne considère pas du tout sa malentendance comme une tare inavouable ; pour elle, c’est tout simplement l’un des effets normaux de l’avancée en âge, une de ces usures du corps à accepter comme toutes les autres, mais à traiter aussi bien qu’il est possible.

Accepter les flétrissures de l’âge, mais aussi les affronter lucidement et, lorsque cela est possible, prendre les mesures nécessaires pour les atténuer : c’est « un art de bien vieillir » que mon amie met en œuvre dans tous les domaines de sa vie ! 

La presbyacousie

La presbyacousie (du grec presbus, vieux, et akousis, l’ouïe) est le nom savant de la baisse d’audition due au vieillissement normal. Il s’agit d’une dégradation naturelle de l’oreille interne : les cellules ciliées de l’oreille – celles qui se courbent sous l’effet d’un son et génèrent un signal électrique qui est envoyé au cerveau – meurent petit à petit, avec l’âge. Et lorsqu’une cellule sensorielle est détruite, c’est pour toujours ; elle ne repousse pas. En avançant en âge, tout le monde – mais chacun à son rythme – devient peu à peu presbyacousique, expression savante et chic pour dire « malentendant », ou encore, avant notre époque du politiquement correct, tout simplement « dur d’oreille ».

Cette baisse de l’audition due à l’âge touche plus d’un tiers des personnes entre 60 et 70 ans, environ 50 % des 70-80 ans et plus de 80 % des personnes de plus de 80 ans. Les hommes sont davantage touchés que les femmes. La perte de l’audition est graduelle et insidieuse ; elle touche les deux oreilles, presque symétriquement. Ce sont d’abord les hautes fréquences qui deviennent moins perceptibles, en particulier dans un environnement bruyant. Ces affaiblissements de l’ouïe peuvent entraîner d’autres problèmes : des bruits dans les oreilles – des acouphènes – ou encore des pertes de l’équilibre et des vertiges.

L’origine de la presbyacousie est multifactorielle : elle est d’abord et avant tout liée au vieillissement physiologique normal, mais elle peut également résulter d’une exposition prolongée aux bruits ou encore de certaines maladies de l’oreille interne. Soit dit en passant, on peut s’inquiéter pour les jeunes générations qui s’exposent au vacarme des concerts rock et des discothèques, et qui passent une partie de leur temps avec des écouteurs sur les oreilles : ils ne mesurent certainement pas les graves dommages à venir pour leur ouïe…   

L’évolution graduelle de la perte de l’audition, plus ou moins lente selon les personnes, explique qu’il se passe parfois plusieurs années avant que la personne se rende compte de son handicap. On admet que les Suisses attendent en moyenne 5 à 7 ans avant de consulter un spécialiste. Cette lenteur à réagir est encore aggravée par une tendance générale à minimiser les problèmes d’audition, quand ce n’est pas à les nier catégoriquement.

Presbytie et presbyacousie

C’est à peu près à la même période de la vie – vers l’âge de 40 ans – que se font ressentir les premières atteintes de la presbyacousie, comme d’ailleurs celles de la presbytie. (Ce terme vient du grec presbus, qui signifie vieux. Littéralement, un presbyte est donc tout simplement un vieux !) Il est intéressant de comparer les deux handicaps sensoriels que représentent la presbytie et la presbyacousie : la première se corrige facilement par le port de lunettes, lesquelles sont depuis longtemps entrées dans les mœurs. Si, au temps de Molière, et comme on le voit dans sa comédie de L’Avare, les lunettes étaient considérées comme un objet honteux, une marque des « insultes de l’âge », il y a belle lurette que ce n’est plus le cas. Les lunettes peuvent même devenir un atout ; on les choisit en fonction de la forme de son visage, de l’air que l’on souhaite afficher – intellectuel, décontracté, rétro, vintage… – et on a un vaste choix de grandes marques à la mode, tout comme pour les vêtements. 

Il en va tout autrement avec la presbyacousie, immédiatement ressentie comme un signe de vieillissement qu’on cherche à dissimuler le plus longtemps possible. C’est ainsi que le petit dialogue suivant entre conjoints est devenu une sorte de lieu commun : 

« – Mon cher, j’ai l’impression que tu deviens dur d’oreille, je dois presque toujours te répéter deux fois les choses que je te dis ; tu devrais aller faire un test d’audition !

– Mais pas du tout ! Je t’entends parfaitement, même lorsque tu chuchotes pour essayer de me mettre à l’épreuve.

– Et la télévision : tu passes ton temps à augmenter le volume, au point que j’en ai mal aux oreilles !

– Pas du tout ! C’est simplement que, dans les films actuels, les acteurs articulent de moins en moins bien. » 

Tout se passe comme s’il y avait une sorte de honte, ou en tout cas de malaise, à reconnaître que l’on devient sourd, malentendant, dur d’oreille. Et le port d’appareils d’audition est plus difficilement accepté, presque toujours vécu comme un aveu de faiblesse, comme une tare, à l’inverse du port des lunettes. 

En outre, et plus sournoisement, on a tendance à établir un parallèle entre « mal entendre » et « mal comprendre » : il n’a pas entendu ce que je lui disais, mais ma première impression est qu’il n’a pas compris, comme si la presbyacousie était liée à une déficience de l’intelligence, ou encore à un vieillissement intellectuel. D’où sans doute, chez le malentendant, ce sentiment d’être relégué à un rang inférieur, d’être tenu à l’écart dans les conversations, de voir son rôle social s’effriter. Chacun a en tête ces réunions d’amis ou de famille dans lesquelles, fatigué de devoir lui crier dans l’oreille les choses qu’on veut lui dire, on renonce peu à peu à s’adresser à la personne malentendante qui rechigne à avouer qu’elle est dure d’oreille et qui n’a pas fait l’effort de « s’appareiller » correctement.

Les conséquences de la presbyacousie

C’est d’abord la qualité de la vie qui est affectée. Notre présence au monde – et pour une grande part notre joie de vivre – est tout entière liée à nos cinq sens ; lorsque l’un ou plusieurs d’entre eux viennent à s’affaiblir, c’est comme si une barrière s’interposait entre le monde et nous, comme si le monde se mettait à distance, hors de notre portée. Ma vue baisse, et les choses autour de moi deviennent floues, les paysages s’estompent, les gens se profilent comme de vagues silhouettes… Mon ouïe diminue, et les bruits de la nature, le chant des oiseaux, la rumeur de la rue, les paroles des gens autour de moi ne me parviennent plus que comme de vagues échos assourdis, indéchiffrables… Nous avons le sentiment de nous éloigner des choses et des gens qui nous entourent, de nous retirer dans une solitude pesante.

La presbyacousie peut aussi faire courir aux personnes âgées des risques trop souvent sous-estimés : elle provoque des troubles de l’orientation dans l’espace, une reconnaissance tardive des dangers, une augmentation des risques de chute, une diminution de la capacité à conduire. Combien d’activités de la vie quotidienne sont en partie dépendantes de notre capacité à détecter et à identifier les bruits qui nous entourent ?

La conséquence la plus pénible de la malentendance est une inaptitude croissante à communiquer avec les autres. C’est ici un vaste chapitre, dont je retiendrai quelques-uns des points les plus saillants :

– comme déjà évoqué plus haut, la personne malentendante est peu à peu tenue à l’écart des conversations. Chacun se lasse de devoir lui crier dans l’oreille, et lui répéter, chaque parole qu’il veut lui adresser. On finit, plus ou moins délicatement, par se détourner d’elle, ne lui adressant plus que les phrases qu’une politesse élémentaire impose.

– pour le malentendant lui-même, toute conversation devient une source de fatigue et de frustration. Il passe son temps à tendre l’oreille, à faire effort pour comprendre ce qu’on lui dit, à se sentir exclu. Il peut développer, avec le temps, une forme de délire paranoïaque, accuser son entourage de parler trop doucement, de faire exprès de parler à voix basse, de vouloir l’écarter de la conversation. À la fin, il se retirera dans son coin, en proie à un sentiment de rejet.

– le comportement des interlocuteurs également est perturbé : on passe de la bienveillance à l’agacement, de la fatigue au renoncement. La malentendance peut encore être source de conflit ; l’un accusera le malentendant de jouer la surdité quand la discussion devient pénible, un autre lui reprochera de ne pas s’équiper des appareils perfectionnés qui existent sur le marché, un autre encore se moquera des quiproquos et des malentendus provoqués par une phrase ou un mot compris de travers. 

– il ne faut pas oublier la fatigue que toute conversation provoque chez le malentendant. Pour chaque phrase qu’il n’est pas sûr d’avoir entièrement comprise, il doit combler mentalement les manques, pratiquer ce que les spécialistes appellent un exercice de « suppléance mentale » qui se révèle rapidement épuisant. Parallèlement, il ne doit pas perdre de vue la bouche de son interlocuteur grâce à laquelle il peut aider sa compréhension par une lecture labiale du message. Ces contraintes demandent une grande concentration et finissent par épuiser le malentendant. 

Tout cela affecte la santé physique et psychique, diminue le sentiment de sécurité, de confort, de joie de vivre… Il s’ensuit un mal-être teinté d’anxiété et d’isolement affectif qui peut évoluer vers la dépression.

Malentendance et maladie d’Alzheimer

Selon des études scientifiques récentes, la baisse de l’audition pourrait avoir un lien avec le déclin cognitif, c’est-à-dire avec la maladie d’Alzheimer. Chez les personnes âgées souffrant d’une perte prononcée de la capacité auditive, on a constaté que la dégénérescence cognitive est de 30 à 40 % plus élevée que chez celles dont l’ouïe est normale.

Deux facteurs expliquent ce lien entre la malentendance et la maladie d’Alzheimer :

1. On l’a vu, la perte de l’audition conduit souvent à une forme d’isolement social et de repli sur soi. Ce retrait de la communication avec les autres aboutit à une diminution de la stimulation cognitive ; le cerveau est moins souvent sollicité et, si le processus de la maladie d’Alzheimer est déjà engagé, l’atrophie des neurones et la dégénérescence des liaisons neuronales s’en trouvent facilitées et accélérées. On sait par ailleurs que l’un des facteurs de ralentissement de la maladie d’Alzheimer réside dans le maintien des relations sociales.

2. Certains spécialistes avancent également l’hypothèse selon laquelle, chez les personnes malentendantes, le cerveau dépense beaucoup d’efforts pour déchiffrer et comprendre les sons que l’ouïe ne lui transmet qu’imparfaitement, épuisant ainsi une grande part de son énergie. Sollicité par le décryptage et l’interprétation des sons, le cerveau consacre moins d’efforts aux activités de ses autres parties – ou zones –, et en particulier de celle dédiée à la mémoire.

Enfin, la pose et l’usage d’un appareil auditif deviennent assez vite problématiques chez les malades Alzheimer. Pour peu que la maladie soit arrivée à un stade modérément avancé, il devient très difficile pour le patient de s’habituer à son appareil et de le régler correctement. Les proches s’efforcent de lui venir en aide, mais bientôt le malade se montre incapable de régler lui-même ses amplificateurs ; il a tendance à les égarer et il finit par refuser de les porter. 

Le dépistage

Un dépistage précoce et systématique de l’audition est recommandé dès l’âge de 60 ans, chez un médecin spécialisé en ORL. Plus vite un problème d’ouïe est diagnostiqué, et plus facilement le patient acceptera la pose d’un appareil, s’accoutumera à le porter, s’habituera au réglage des amplificateurs et à la recharge des batteries : autant de gestes qui deviendront des automatismes. Ces gestes et ces manipulations peuvent devenir plus difficiles lorsque le patient avance en âge : une arthrose de la main peut être un véritable handicap pour saisir et manier des amplificateurs qui, aujourd’hui, ne sont pas plus gros qu’une noisette.

Il est regrettable que la santé publique n’encourage pas davantage les personnes vieillissantes à s’occuper de leurs capacités auditives et à se faire tester. Pour le moment, ce sont surtout les fabricants d’appareils qui, à travers leurs campagnes publicitaires, tentent d’attirer de nouveaux clients dans leurs boutiques !

En attendant d’aller consulter un spécialiste, le lecteur pourra effectuer lui-même un Test d’auto-dépistage – lire ici – !

Soyez appareillés, soyez branchés !

Il convient de préciser d’emblée que la restauration de l’audition normale à l’identique est impossible, contrairement à la correction de la vue qui permet presque toujours de retrouver une vision normale. Même avec les appareils les plus perfectionnés, la sensibilité aux sons subit une légère distorsion et procure une impression d’étrangeté, jusqu’à ce que l’accoutumance finisse par gommer plus ou moins entièrement ces effets inattendus. 

Les appareils anciens, relativement volumineux et difficiles à camoufler, se contentaient d’amplifier les sons ; aujourd’hui, ils sont de plus en plus remplacés par des amplificateurs de sons miniaturisés que l’on peut placer de trois manières : en contour d’oreille, dans le pavillon de l’oreille ou dans le canal auditif. Les appareils les plus récents sont connectés à un téléphone portable, à un ordinateur ou à un téléviseur. Ils proposent différents algorithmes de traitement de la parole et du bruit environnant qui adaptent automatiquement l’amplification des sons à la situation et à l’ambiance (rue, théâtre, silence, etc.).

On peut regretter que les assurances ne prennent que très partiellement en charge l’achat de ces nouveaux appareils auditifs, qui peuvent atteindre des prix hélas prohibitifs : plusieurs milliers de francs…

Malheureusement, les stéréotypes négatifs liés au port d’appareils auditifs sont encore très présents dans notre société ; trop souvent, la personne malentendante rechigne à s’équiper. Et même s’il est avéré que le port d’un appareil auditif résout le plus souvent presque entièrement les problèmes liés à la malentendance – et non seulement les problèmes d’ouïe proprement dits, mais aussi leurs conséquences pour la vie et le bien-être du patient – en Suisse, seuls 25 % des personnes souffrant de presbyacousie se décident à acheter un appareil auditif…

Si vous vivez avec une personne souffrant de malentendance, vous trouverez quelques conseils pour mieux communiquer avec elle dans le « résumé utile » figurant sous la rubrique « Perles » : Communiquer avec un malentendant. – lire ici –

Conclusion

Avec l’âge, la perte progressive de l’ouïe est hélas inévitable, mais ce n’est pas une fatalité tragique, dans la mesure où nous avons la possibilité de réagir. D’abord, et c’est un premier pas essentiel, en acceptant de reconnaître le problème, avant d’envisager les moyens de le résoudre, ou au moins d’en atténuer les effets, en s’équipant des appareils auditifs appropriés.

L’enjeu de cet appareillage est non seulement de recouvrer l’ouïe, mais de retrouver le plaisir de la communication avec les personnes de notre entourage, de continuer à se réjouir de notre vie sociale et affective. C’est toute une part de notre présence au monde et de notre joie de vivre que nous voulons à tout prix préserver. Il ne faut pas se cacher que l’avancée en âge nous engage dans une sorte de lutte pour la vie : continuer à marcher pour goûter les plaisirs de la nature, à voir pour contempler les beautés du monde et les visages des êtres chers, à entendre pour se réjouir de la conversation de nos proches et de nos amis, sans parler des enchantements de la musique, ce sont autant de chances que nous pouvons saisir pour vivre pleinement. Renoncer, par négligence, indifférence, paresse, fierté mal placée, à préserver ces compétences, c’est en quelque sorte accepter de commencer à mourir.  

Finissons ce propos par une note légère et amusante. Le génial Raymond Devos a écrit un sketch : « Ouï dire », qui est un véritable test d’audition ! Je vous propose d’abord de l’écouter sans lire le texte que je donne ci-dessous ! – Ecoutez ici –

Si vous avez tout compris, c’est que vous êtes encore tout ouïe… et que vous avez en outre une très bonne maîtrise de la conjugaison française !

Pour ceux qui sont un peu durs d’oreille, voici le texte :

Oyez ! Oyez !

Oyez ! Oyez ! C’est du verbe ouïr.

Le verbe ouïr, c’est un verbe très difficile à conjuguer.
Au présent, ça fait : j’ois.
Si au lieu de dire « j’entends », je dis « j’ois », 
les gens vont penser que ce que j’entends est joyeux, 
alors que ce que j’entends peut être particulièrement triste.
Il faudrait préciser :
– Dieu, que ce que j’ois est triste ! 

J’ois… Tu ois…
– Tu ois mon chien qui aboie le soir au fond des bois ?
Il oit… Oyons-nous ? Vous oyez ? Ils oient !
– C’est bête !
L’oie oit. Elle oit, l’oie ! Ce que nous oyons, l’oie l’oit-elle ?
Si au lieu de dire « l’oreille »,
on dit « l’ouïe », alors :
– L’ouïe de l’oie a ouï.
Pour peu que l’oie appartienne à Louis :
– L’ouïe de l’oie de Louis a ouï. 
– Ah oui ? Et qu’a ouï l’ouïe de l’oie de Louis ?
– Elle a ouï ce que toute oie oit…
– Et qu’oit toute oie ?
– Toute oie oit, quand mon chien aboie le soir au fond des bois, toute oie oit : ouah ! ouah ! 
Qu’elle oit, l’oie !
Au passé, ça fait : 
– J’ouïs ! Il n’y a vraiment pas de quoi !