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Pourquoi un livre ?

Cela fait maintenant bientôt cinq ans que l’idée m’est venue de réaliser un site Internet : avant-age.ch, sur lequel je parlerais de ma vision de l’avancée en âge. Aujourd’hui, j’y ai publié soixante-cinq Propos, quarante-trois Questionnaires et une centaine de documents divers regroupés sous la rubrique Perles.

Il y a quelque temps, Michel Moret, l’éditeur des romans de mon compagnon, qui était devenu un ami très cher et qui lisait régulièrement mes Propos, a trouvé que ce serait une bonne idée d’en rassembler une trentaine dans un livre, et qu’on pourrait même les accompagner d’autant de Questionnaires. C’est au mois de juin dernier qu’il m’a proposé de me mettre au travail, ce que j’ai fait avec beaucoup d’enthousiasme. À la fin du mois d’août, j’étais fière de me rendre au siège des Éditions de l’Aire, à Vevey, pour apporter mon manuscrit à l’éditeur. 

Et le 3 octobre dernier, je revenais à Vevey où Michel déposait entre mes mains un exemplaire de mon livre. On imagine facilement avec quelle émotion j’ai découvert mon nom en haut de la page de couverture, juste au-dessus de la belle illustration due au talent de mon ami le peintre Claude Genoud. J’ai feuilleté le livre, l’ai examiné sous toutes les coutures, en ai humé la bonne odeur d’imprimerie ; j’ai grapillé çà et là quelques phrases, émerveillée de les découvrir maintenant noir sur blanc dans les pages d’un livre.

Un livre ! Cela me ramenait à des souvenirs très anciens, à mon adolescence à Budapest, lorsque je passais une grande partie de mon temps libre à lire et que je découvrais ce qu’il y a d’irremplaçable dans la compagnie d’un livre : on peut le prendre, le laisser, l’annoter, coller des post-it  aux pages où l’on veut revenir, souligner les passages que l’on juge importants, qu’on apprendra peut-être par cœur, ou encore corner les pages où s’est arrêtée notre lecture ; on le range dans sa bibliothèque, où on le retrouvera des années plus tard, pour en relire quelques pages ; on le prête à des amis, qui souvent oublient de vous le rendre ; bref, je comprenais que les livres allaient m’accompagner tout au long de ma vie. C’est dire combien je suis émue aujourd’hui de voir mon nom figurer sur la couverture de l’un d’eux.

Bien sûr, je suis reconnaissante à Internet de m’avoir permis de créer mon site, où mes Propos rencontrent des lecteurs du monde entier, bien plus nombreux que ne le seront jamais les lecteurs de mon livre. En effet, aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 21’000 lecteurs qui me suivent dans mes « Propos d’une gérontopsychologue », et qui parfois me font un petit signe amical. Je profite de l’occasion pour les remercier chaleureusement de leur fidélité. 

Il n’en reste pas moins que lire sur un écran et lire sur la page d’un livre sont deux choses bien différentes. Sur l’écran, j’ai toujours l’impression que le texte a quelque chose de volatil, de flottant, comme s’il était à tout moment menacé de disparaître et de se perdre dans les entrailles de la machine. Alors que sur la page du livre, les mots et les phrases sont comme gravés dans le papier, ils resteront là, sous mes yeux, sous mes doigts, quoi qu’il se passe. Lorsque je tourne la page du livre, les pages précédentes sont toujours là, je peux y revenir facilement ; et je sens sous ma main l’épaisseur de celles qu’il me reste à lire. Sur l’écran, quand j’arrive à la dernière page, tout s’éteint et le texte disparaît dans la nuit de la machine ; lorsque je referme mon livre, il est encore là devant moi, sur la table, ou sur l’étagère de la bibliothèque où il rejoint ses voisins et où je peux à tout moment vérifier qu’il est bien là, avec son dos peut-être un peu jauni, et son titre que je peux déchiffrer en penchant la tête…    

Voilà pourquoi je suis très heureuse, aujourd’hui, qu’un certain nombre de mes articles se soient pour ainsi dire évader de l’écran pour aller habiter dans leur nouvelle demeure : un livre dans lequel j’ai pu choisir leur place, leur voisinage, et qui va maintenant suivre son propre chemin. Habent sua fata libelli, disaient les Anciens, « Les livres ont leur destinée » ; une destinée imprévisible, tissée de hasards et de rencontres, et qui dépend entièrement de la bonne volonté des lecteurs. 

Ce que vous trouverez dans mon livre

Pendant plus d’une trentaine d’années, j’ai eu l’occasion, par mon métier de gérontopsychologue, de rencontrer, d’écouter, de soigner et d’accompagner quotidiennement un grand nombre de personnes âgées, les unes sur le seuil de la vieillesse, les autres déjà dans le très grand âge. Cette riche expérience sur le terrain m’a permis, au-delà des connaissances livresques et théoriques acquises dans mes études, d’enrichir et d’approfondir ma compréhension de l’avancée en âge, de ses écueils, de ses souffrances, mais aussi, et dirai-je surtout, de ses ressources, de ses trésors, de ses grandeurs. Parvenue moi-même sur le seuil de cette époque de la vie, j’ai pensé que le moment était venu de partager un peu de cette longue expérience du monde des seniors avec vous.

Les vingt-huit Propos que j’ai retenus pour ce recueil ont été choisis pour la diversité des regards qu’ils portent sur l’avancée en âge, la variété de leurs points de vue et de leurs tonalités, mais toujours dans le dessein d’être utiles aux lecteurs, de susciter leur réflexion sur les questions auxquelles les personnes âgées et leurs proches sont inévitablement confrontés, à un moment ou à un autre de leur vie. 

 J’ai assorti ces vingt-huit articles d’autant de Questionnaires que j’avais adressés au fil du temps à des personnalités, toutes ayant dépassé le cap des septante-cinq ans. Il s’agit de dix questions qui ont amené ceux qui y ont répondu à se confronter à leur propre avancée en âge, à la manière dont ils vivent leurs vieux jours, dont ils remplissent le temps qui passe, dont ils envisagent le temps qui leur reste et la perspective de la mort… Les réponses à ces Questionnaires mettent en évidence la diversité et la richesse des expériences de l’avancée en âge, l’irremplaçable singularité de chacun devant sa propre vieillesse et devant la perspective d’avoir à s’en aller un jour…

On pourra découvrir la quatrième page de couverture de mon livre et la table des matières !

Marianna Gawrysiak
L’avancée en âge. Ses richesses, ses écueils
Éditions de l’Aire, Vevey, 2022 (377 p., 36 CHF).

Remerciements

Je ne voudrais pas terminer cette petite présentation de mon livre sans remercier les deux personnes sans lesquelles il n’existerait tout simplement pas.

En premier lieu mon ami Michel Moret, le grand maître des Éditions de l’Aire, qui m’a fait le plus beau des cadeaux en me proposant de publier un choix de mes Propos et de mes Questionnaires. Je veux évoquer les beaux moments d’amitié que, mon compagnon et moi, nous passons dans ses bureaux de la rue de l’Union, ou dans l’appartement voisin où Bibiane, son épouse, nous reçoit toujours si chaleureusement. Que de discussions dans lesquelles nous convoquons le monde entier, avec ses artistes, ses écrivains, ses penseurs, ses héros, ses démons aussi. J’aime chez mon ami Michel son éternel jeunesse d’esprit et sa curiosité des êtres et des choses toujours en alerte. 

Je tiens enfin à remercier mon compagnon, Raymond Delley, professeur et écrivain, qui me fait le bonheur de m’écouter lui parler, presque à longueur de journée, de mes petits vieux et de mes petites vieilles. C’est lui aussi qui me relit de son œil intransigeant, ne laissant rien passer de mes hésitations dans l’usage de la langue de Molière. De plus, j’ai vérifié avec lui la justesse d’une idée qui m’est venue il y a longtemps déjà : dans tout bon romancier, il y a un psychologue qui sommeille, et des plus perspicaces. On pourra le vérifier en lisant les romans qui forment ce qu’il appelle Une trilogie de la mémoire : La mémoire de l’enfance – Les Clairières. La mémoire des amours – Quelques jours en automne. La mémoire des morts – Comédie humaine.