publié le 28.10.2020

Anne-Marie, qui accompagne son mari depuis cinq ans

Quarante ans de mariage le 14.02.2015 (le jour de la St-Valentin) et puis fièvre, malaise, ambulance, hospitalisation et notre vie qui bascule, comme ça, en un jour.

Il faut trouver un lieu de vie et c’est en septembre 2015 qu’il entre en EMS.

Finis les partages, les rigolades, les engueulades, la tendresse et plus si entente. Plus de bras qui consolent, qui donnent du courage et réchauffent. Tennis, vélo, promenades en forêt à la recherche de champignons, rôle de grand-papa aimant, oui, tout ça c’est fini !

J’angoisse quant à la maladie, je suis révoltée, en colère. Pourquoi, mais pourquoi ? Voir l’homme avec qui l’on a tant partagé souffrant dans son lit, sous contention, et se sentir si impuissante.

Et puis, je surmonte ces sentiments d’injustice car il faut le soutenir, l’entourer afin que sa vie soit juste supportable. Avec l’aide des proches et des amis (que l’on compte tout d’un coup sur les doigts d’une main), des soignants, je survis à ce chamboulement. Je sens que ma présence l’apaise, diminue ses angoisses et son agressivité. Le regard des autres, moqueur et même méchant parfois, ça fait mal mais on apprend à faire avec, on apprend à l’ignorer. Ce n’est pas grave, ce sont ces regards qui sont peut-être à plaindre.

Brusquement son état s’aggrave et là j’implore pour qu’On le libère de ses souffrances morales et physiques, car sa vie, ce n’est plus une vie. Je lui dis qu’il peut partir en paix et lui dit MERCI pour tout ce qu’il a donné à ses proches. Mais On ne m’écoute pas et je repars au combat. On continue cette vie à deux, où je me sens si souvent seule… Mais mon mari est encore là et je l’aime comme il est. Je sais qu’à sa façon il m’aime aussi. Et ça, c’est juste l’essentiel.

1er novembre 2020